Une adolescente, soutenue par son amoureuse, porte plainte contre son
père qui la violait depuis ses huit ans, mais c'est l'amoureuse qui est
envoyée en prison pour "relation contre-nature avec une mineure de son
sexe". Inspirés d'un fait divers qui s'est déroulé à Antananarivo au début
de la crise sanitaire, le développement comme les personnages ne
relèvent cependant que de la fiction. S'il faut pénétrer dans la famille
pour tenter de comprendre, avant même d'ouvrir la porte, on sait qu'il
n'existe rien pour justifier l'acte interdit.
Isolée à
Rochefer-l'Interdite, Lila est accueillie par une grand-mère un peu
sorcière, une tante aussi paysanne que la mère de Lila est citadine puis
Lys, une cousine très curieuse presque du même âge qu'elle, et aussi un
oncle exhibitionniste un peu simplet. Elle ne peut cependant se
résoudre à rester loin de la capitale, sans même un téléphone. Elle doit
pourfendre son père, ouvrir les yeux de sa mère, délivrer Klem et
mettre à l'abri sa sœur Rose.
Lys veut l'aider, elle est persuadée
que les filles ne devraient pas être jetées dans l'Ikalariana, comme le
prétend la légende associée au nom de la rivière. Le propre des tabous
est d'imposer le silence autour. En parler devient tabou aussi. Quand
les dérèglements sont tus et cachés, inverser les choses est quasi
impossible. Aussi difficile qu'inverser le cours de l'eau ou d'une
légende.
Tribunal
des cailloux pose
la question du renversement nécessaire
de certaines valeurs quand elles mènent à une situation que les
contemporains ne peuvent pas tolérer. C'est à la
campagne, chez les “sauterelles” gardiennes des reliques familiales que
les jeunes filles vont trouver leurs appuis. Un roman construit comme un
road movie, en période de pandémie.
276 pages, 18 euros.
Chronique de Kidi Bebey dans Le Monde ici. Chronique de Sonia Le Moigne-Euzenot dans les Chroniques littéraires africaines là.