Voici notre petit dernier.
Certifié
premier roman, écrit par une primo-romancière de 24 ans. Avec son
histoire singulière à raconter, elle est une promesse pour la
littérature de Madagascar.
Certifié
sans IA, j’en mettrais ma main au feu, moi qui ai travaillé sur le
manuscrit. Et je n’irai pas le passer aux détecteurs tordus : l’IA
générative, c’est sans nous. Nous sommes objecteurs de conscience. L’IAg, on
n’y touche pas.
Certifié
sans Goncourt car jamais les maisons indépendantes ne seront conviées
dans les dîners mondains des « grands » prix, ces machines à cash.
Certifié
sans visibilité médiatique, car les grands groupes distributeurs sont
aussi les propriétaires de la presse. Quand on fait le choix de
l’auto-distribution, pour des raisons notamment d’empreinte écologique,
on se condamne à ne jamais figurer dans la presse littéraire : les
grands groupes éditeurs sont aussi les grands groupes distributeurs qui
contrôlent les principaux médias. Heureusement, il y a quelques tribunes
indépendantes et spécialisées qui relaient nos parutions.
Certifié autrice vivante. Quand Augustin Trapenard
choisit un titre pour représenter la littérature malagasy dans une
émission de TV5Monde, il présente les œuvres complètes de Rabearivelo,
auteur monumental mort en 1937. Un ouvrage coûteux, savant, et bientôt épuisé. Un enterrement de plus pour les
auteurs de Madagascar, qui sont bien en vie et qui peinent à trouver une
visibilité pour les raisons énoncées ci-dessus.
Alors
pourquoi lire Cheriza ?
Parce qu’elle ne trompe pas. Elle ne bénéficie pas des éclairages médiatiques, mais sa parole libre vous portera ailleurs, une fugue incessante.
Roman de fuite, de mémoire et de silence, né d’un besoin de raconter une histoire familiale fragmentée, ce texte est traversé par une voix, celle de Nofy qui court, toujours, parce que c’est le seul mouvement qui lui vient quand tout vacille. On peut entendre à travers elle les voix multiples des femmes malgaches, de celles qu’on oublie, qu’on juge, qu’on exile, mais qui tiennent debout malgré tout. L’écriture s’ancre dans une tradition de récit où les corps parlent autant que les mots, où les silences sont des cris, où les paysages deviennent des personnages à part entière.
Ce roman est aussi une réflexion sur l’héritage, ce que l’on reçoit malgré soi, ce que l’on transmet sans le vouloir. Il interroge la maternité comme lien et comme entrave. Il explore les fractures intimes et politiques, les lignes de faille entre les appartenances, les langues, les visages.
Le goût d’ailleurs est une traversée. Celle d’un corps féminin dans un monde qui le contraint. Celle d’un rêve qui, même brisé, continue de courir.
Le goût d’ailleurs, 12 euros, parution le 10 novembre.










































